Vers un Green Deal ?

Vers un « Green New Deal » (New Deal vert) dans l’Union Européenne, avec Joseph Stiglitz ?

champ d’éoliennes terrestres en Bretagne

Vers un « Green New Deal » (New Deal vert) dans l’Union Européenne, avec Joseph Stiglitz ?

Comme chaque année depuis 2007, les Journées de l’économie (Jeco) viennent de se dérouler à Lyon du 5 au 7 novembre et ont réuni  près de 250 intervenants parmi lesquels les plus grands économistes, notamment Joseph Stiglitz, économiste américain (Université Columbia de New-York), Prix Nobel d’Economie en 2001 et conseiller de l’ancien Président Obama. En présence du Gouverneur de la Banque de France, de la Directrice du Trésor, de la sous-directrice de la BCE et de grands économistes français, il a défendu l’idée d’un New Deal Vert pour conduire la Transition Energétique à l’échelle européenne notamment (zone euro) et française en particulier. Il s’agirait de lancer un grand programme d’investissements publics (et privés) de plusieurs dizaine de milliards d’euros/an et sur plusieurs années et analogue à celui réalisé aux Etats-Unis par le Président Roosevelt au début des années 30 pour sortir de la Grande Dépression.

En outre, ce programme soutiendrait la croissance devenue faible depuis le ralentissement de l’activité en Europe et dans le monde à cause notamment des tensions actuelles sur le commerce mondial (politique protectionniste des Etats-Unis, tensions sino-américaines, répercussions sur l’industrie allemande…). Il aurait le mérite de faire jouer le « multiplicateur d’investissement » cher à John Maynard Keynes, le grand économiste des années 30 et ainsi de soutenir les créations d’emploi (1) (2).

Pourquoi maintenant ?

Selon Stiglitz et de nombreux intervenants, il y aurait une « fenêtre de tir » alors qu’au même moment, il y a 3 grands défis à relever (selon Laurence Boone économiste en chef à l’OCDE) :

– Le réchauffement climatique : pour une croissance verte (et non une décroissance, synonyme de diminution du niveau de vie monétaire),

– Le digital et l’intelligence artificielle (l’Union Européenne est en retard sur les Etats-Unis et la Chine),

– L’éducation et la formation pour accompagner les mutations d’emploi à venir et préparer le futur.

Par contre, si  les intervenants ont approuvé l’idée qu’il faut accompagner les grandes mutations pour les rendre soutenables (par exemple au niveau des agriculteurs qui se reconvertissent au bio ou des salariés qui perdent leur emploi dans des secteurs carbonés), ils ont souligné, notamment le Président de l’OFCE, qu’il s’agit de dépenses de fonctionnement, et donc qu elles ne peuvent être financées par endettement.

Quelle est cette « fenêtre de tir » ?

Les taux d’intérêt auxquels les Etats empruntent sur les marchés, sont très bas, voisins de zéro (voire parfois négatifs) et « ils vont le rester encore longtemps » (selon Patrick Artus, économiste en chef chez Natixis). De plus l’inflation est très faible, inférieure à la « cible » des 2 %/an de la BCE malgré sa politique monétaire accommodante. Donc il ne coûte presque rien d’emprunter à 10 ans, voire à 20 ans.  Ainsi 1euro emprunté aujourd’hui coûtera toujours 1 euro à rembourser demain.

Par conséquent, la politique monétaire ne dispose plus d’outils pour agir et lutter efficacement contre le ralentissement actuel de la croissance puisque les taux sont quasiment parvenus à leur « borne inférieure » (et la politique non conventionnelle de rachat de titres d’emprunts publics ou « Quantitative easing » par la BCE a atteint son maximum). C’est donc à  la politique budgétaire de prendre le relais pour faire face à cet essoufflement de la croissance (ce que disait aussi Mario Draghi, l’ancien Président de la BCE, en quittant ses fonctions le 24 octobre dernier). D’où l’idée de lancer ce programme de grands investissements verts, pour réussir la transition énergétique au moment où une nouvelle Commission Européenne et un nouveau parlement Européen entrent en fonction.

Sur quelles bases territoriales ?  et avec quel financement ?

Quel financement utiliser ? Il y a un excédent d’épargne en zone euro, en Europe et dans le monde (c’est une des raisons des taux bas). Il faut donc réussir à capter cette épargne excédentaire pour la diriger vers les investissements verts tant les besoins sont immenses (évalués à 800 milliards de dollars/an dans le monde selon Stiglitz). Reste à trouver les bons canaux publics et privés.

Au niveau des Etats de la zone euro, il n’y a pas beaucoup de marges de manœuvre pour le moment, outre l’instauration, quasi unanimement approuvée d’une taxe carbone, puisque la politique budgétaire est contrainte par les critères de Maastricht (déficit public inférieur à 3% du PIB et dette publique inférieure à 60 % du PIB) ?. L’Allemagne a un budget largement excédentaire (+ 1.7 % en 2018) mais semble réticente à lancer un grand plan d’investissements publics sur son territoire (le budget 2020 rester équilibré). Les Pays-Bas, également excédentaire (+ 1.5 % en 2018) sont plus volontaristes et vont dans la bonne voie. D’autres pays sont excédentaires mais sont petits ou faibles économiquement (Luxembourg, Malte, Bulgarie, Grèce). Des grands pays comme la France, l’Espagne, l’Italie sont déficitaires et certains très endettés (Italie, France). Cependant les taux bas offrent peut-être une marge de manœuvre (sauf pour l’Italie). N’est-il pas temps de desserrer les contraintes budgétaires ?

Ainsi pour la France, selon Xavier Ragot Président de l’OFCE, il serait possible de dépasser un peu la barre actuelle  des 100 % d’endettement par rapport au PIB (les USA sont à 106 %) car notre pays dispose d’une bonne signature à l’international ; même le Président Macron vient de déclarer récemment dans une interview à ‘The Economist » qu’il fallait remettre en cause la règle des 3 % de déficit (par rapport au PIB). Mais il lui sera difficile d’ avoir raison sur ce point dans la zone euro, même s’il est vrai que J.M.Keynes préconisait lui aussi de financer tout plan de relance des investissements publics par un large déficit budgétaire couvert plus tard par les futures recettes fiscales (dues à la reprise économique).

S’il est difficile d’agir séparément, il faut chercher à regrouper les efforts. Ainsi, au niveau de la zone euro et/ou de l’Union Européenne, il faudrait un budget plus élevé, mais pour le moment ce n’est pas le cas (1% du PIB des 28 pays européens soit 160 milliards d’euros en 2018). Ne serait-il pas possible d’enlever les investissements verts du seuil des 3%, ?  Stiglitz préconise pour sa part la création d’une « Banque Publique Verte ».

Selon le Gouverneur de la Banque de France, certaines banques centrales de l’Eurosystème autour de la BCE dans la zone euro (dont la France), ont créé des « Commissions vertes » et l’idée d’encourager la création d’obligations vertes (« green bonds ») fait son chemin.

[A mon avis, l’idéal serait de créer une véritable Agence Euro Trésor (à l’image de l ’Agence France Trésor) et émettre des eurobonds ou à défaut des obligations vertes (green bonds) afin de mutualiser les besoins de financement et les emprunts sur les marchés internationaux (mais refus allemand pour le moment)].

L’Union Européenne pourrait s’appuyer aussi sur la BEI (Banque Européenne d’Investissement) qui finance (via des emprunts sur les marchés internationaux) les projets d’investissements notamment. des entreprises en Europe. D’ailleurs, celle-ci vient de décider de ne plus financer les projets d’investissements dans l’énergie fossile à partir de 2021.

Enfin pour le secteur privé, certains économistes avancent l’idée de contraindre les banques à respecter des quotas de prêts « verts » auprès de leurs clients, entreprises et particuliers.

Notes :

 (1) La politique budgétaire est plus efficace lorsque les taux d’intérêt sont bas et inférieurs au taux de croissance, car les effets d’éviction sont très faibles (selon l’économiste Jean-Olivier Hairault).

2) Schéma synoptique du multiplicateur d’investissement :

Les économistes anglais Richard KAHN (en 1931) et John Maynard KEYNES (en 1936, in Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie) ont théorisé ce mécanisme sous le nom de multiplicateur d’investissement ou de revenu (ou d’emploi pour Kahn).

Décrivons dans un schéma ci-dessous tous les effets successifs d’un investissement initial de 100 millions d’euros sur l’économie en distinguant les 2 secteurs concernés : biens d’équipement (en bleu) puis biens de consommation (en vert).

On s’aperçoit qu’un investissement initial finit par engendrer au bout de n périodes un accroissement du revenu national bien supérieur à la valeur de cet investissement initial. Dans cet exemple, si on considère que les salariés affectent par exemple 80% de leur revenu supplémentaire en achats de biens de consommation supplémentaires (la « propension marginale à consommer » ainsi définie par Keynes est de 0.8), alors le revenu national s’accroît de 500 millions d’euros au bout de n années à partir d’un investissement de 100 millions d’euros. Le multiplicateur serait égal à 5.

(voir article du 31 octobre 2014 sur ce blog : Pourquoi investir est-il essentiel ?)

Conclusion 

Pour conclure, reprenons le conseil donné par M. Xavier Ragot (OFCE) au Vice-Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes en charge des finances, qui hésitait entre préserver la bonne gestion de sa région et investir : « Investissez !! ». Un New Deal Vert aurait le mérite de faciliter et d’accélérer la transition énergétique. De plus un accompagnement social lors de ces mutations freinerait la montée des populismes.

Synthèse sous forme de schéma :

Jseco22, retraité

20 novembre 2019

blog : jseco22, wordpress.com

Economie : des clés pour comprendre.

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