Les pays baltes, trois pays en transition rapide

Les pays baltes, trois pays en transition rapide

Tallinn, capitale de l’Estonie au riche passé, grand port sur la mer baltique, ville en plein essor (photo jseco22)

Novembre 2019 : à l’heure du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, du début de la chute du communisme et celle de l’empire soviétique, il est intéressant de se pencher sur la transition que connaissent ces pays et de revenir sur cette période difficile vécue par les habitants des Républiques Baltes dont les trois Etats faisaient partie de l’ex-URSS.

Aujourd’hui, entrer dans un hypermarché de Vilnius, ne montre aucune différence avec un hypermarché en France : même parking plein d’automobiles (étrangères), même surface commerciale, même galerie marchande, mêmes produits, même frénésie des consommateurs, mêmes cartes de crédit. Or ces pays, une fois annexés à la fin de la Deuxième guerre mondiale, étaient  tombés sous la domination soviétique, et faisaient partie de l’ex-URSS. A ce titre, leur économie était devenue complètement étatisée. Ce qui était impensable il y a encore 30 ans existe pourtant aujourd’hui. Comment cela a-t-il été possible ? Le temps s’est accéléré depuis les années 90 pour ces trois pays constamment tiraillés au cours des siècles entre la Pologne, l’Allemagne, la Russie, l’URSS, la Suède. Aujourd’hui, avec le retour à l’économie de marché et au libre-échange, devenus membres de l’Union Européenne et de la zone euro, ils connaissent une transition rapide.

Quelques dates récentes clés :

Novembre 1989 : chute du mur de Berlin,

Puis 1991 chute du communisme, révolutions dans les pays baltes qui accèdent à l’indépendance les uns après les autres,

Adhésions à l’Union européenne (2004) et l’OTAN (2004)

Adhésions successives à l’euro (2011, 2014, 2015)

I) rappel :  un passé commercial hanséatique prestigieux 

Les guildes ou corporations (15è, 16è, 17è siècles notamment à Riga en Lettonie et  à Tallinn en Estonie)

Ces pays ont connu au cours des siècles précédents le libre-échange par l’intermédiaire de la Hanse. La ligue hanséatique était une association de villes de la mer baltique et de la mer du Nord créée pour faciliter les échanges entre elles, sa capitale Lubeck était en Allemagne. Riga fut créée par des marchands et artisans germaniques au début du 13 ème siècle et peuplée de riches bourgeois. Elle devint protestante dès 1522.

A Riga, depuis 1280, il y avait 2 guildes ou corporations : celle des marchands, officielle, (propriétaires, mariés) et celle des artisans, moins importante ;

A Tallinn, il y avait également 2 guildes dans la « ville basse » : la « grande guilde, celle des marchands mariés, gage de stabilité et inspirant confiance, et la « petite guilde », pour les marchands célibataires.

Dans ces 2 villes, les maisons des marchands et les sièges des guildes sont de très belles demeures témoignant de la richesse passée et conservant souvent les blasons des villes avec lesquelles elles commerçaient et les poternes et poulies qui servaient à stocker les marchandises au grenier (photo ci-dessous, à Tallinn).

La Bourse à Riga

(photos jseco22)

II) Le fonctionnement de l’économie sous l’ère soviétique (1940 – 1991)

Suite au Pacte germano-soviétique, ces trois pays baltes sont annexés par l’URSS en juillet 1940. Mais de juin 1941 à 1945, ils passent sous l’occupation allemande. Puis l’Allemagne vaincue, ils  reviendront sous domination soviétique jusque1991. Celle-ci s’achèvera après l’effondrement du mur de Berlin  (novembre 1989) et du bloc communiste (1991). Des manifestations pacifiques s’étaient développées à la fin des années 80 (« révolution en chantant », chaîne humaine de plus d’1 million de personnes reliant les 3 pays baltes le 23 août 1989. Ils ont tour à tour proclamé leur indépendance au printemps 1990 (celle-ci avait déjà été acquise une première fois en 1918) ce qui a parfois donné lieu à des représailles soviétiques (blocus et répression avec 14 morts en janvier 1991 en Lituanie). Puis courant 1991, l’Union Soviétique et la communauté internationale ont reconnu cette indépendance.

Ces 3 pays baltes formaient les 16è, 17è, 18è Républiques Socialistes Soviétiques de l’Union (URSS). Dans chaque République, l’Assemblée des parlementaires s’appelait le Soviet Suprême.

Comment ce système fonctionnait-il ?

L’économie de ces 3 pays était dirigée à partir de Moscou.

Le pouvoir était concentré dans les mains d’un parti politique unique, le Parti Communiste, C’était un pouvoir centralisé, pyramidal. Le Politburo à Moscou (14 membres) était le véritable organe de décision. Le 1er secrétaire du PC était le chef du pouvoir exécutif (de 1940 à 1991, Staline, Kroutchev, Brejnev, Andropov, Tchernenko, puis Gorbatchev se sont succédés).

Monument emblématique du régime communiste à Riga, rappelant le Palais des Sciences et de la Culture de Varsovie en Pologne

Sculpture en hommage au peuple, à Riga. A l’arrière plan, des immeubles typiques de la période.

Immeubles de la période soviétique à Tallinn

(photos Jseco22)

La propriété des moyens de production (terres, exploitations, usines, bureaux, commerces, banques…) était socialiste et collective, soit propriété d’Etat, soit sous forme coopérative. Dans l’agriculture, il y avait des fermes d’Etat (52 % des surfaces cultivées dans toute l’URSS) et des fermes coopératives, les kolkhozes. A noter la tolérance de petits lopins de terre privés (0.25 à 0.5 ha/famille) dont la production pouvait être vendue sur des marchés dans les villes.

Dans l’industrie, les entreprises d’Etat étaient majoritaires (90%).

De même pour les commerces (d’Etat à 70%).

L’organisation du système productif reposait sur une planification impérative, donc à caractère obligatoire. Le plan était quinquennal (5 ans). Il établissait l’ensemble des moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés par le pouvoir, compte tenu des contraintes existantes (main d’œuvre, ressources). Dans la théorie, le plan s’oppose au marché du système capitaliste pour assurer l’allocation optimale des ressources et réaliser le bien-être de la population. Le plan est un « acte politique » dans la mesure où il privilégie l’intérêt général à l’intérêt individuel et surtout qu’il décide de priorités. Ainsi, jusqu’aux années 70, le plan donnait la priorité à l’industrie lourde (charbonnage, sidérurgie, biens d’équipement pour développer les infrastructures et l’armement notamment) plutôt qu’à l’agriculture et à l’industrie légère favorisant la consommation. Ces choix ont permis à l’URSS d’investir massivement et d’obtenir des taux de croissance économique élevés (+ 7%/an en moyenne), mais sans profiter à la population qui vivait avec les pénuries et les queues devant les magasins.

Le plan organisait donc toute la vie économique. Le PC prenait les décisions et le Gosplan (organe officiel) élaborait ce plan quinquennal (et les plans annuels emboîtés). Les entreprises exécutaient les directives. Le plan prévoyait en effet pour chaque entreprise les approvisionnements en matières premières et produits semi-finis, les quantités à produire, les investissements, les créations d’emploi, les livraisons, les salaires, les prix…Toutes les entreprises étaient donc liées entre elles.

La régulation de l’économie était assurée par le système des prix administrés (fixés par l’Etat) pour orienter la demande en fonction des objectifs choisis préalablement. Le prix d’un bien exprimait donc les préférences des planificateurs et non la situation du marché comme dans les pays capitalistes. Un produit considéré comme indispensable avait un prix bas (logement, transport en commun, pain, santé…), inversement un produit considéré comme non indispensable était très cher (automobile, électroménager…). Les produits pour lesquels la production était insuffisante étaient rationnés, d’où les queues devant les magasins (en France, pays à économie de marché, les prix augmenteraient pour rétablir l’équilibre entre offre et demande).

Dans un tel système, la monnaie est très contrôlée (2 circuits distincts pour la consommation des ménages et les investissements des entreprises), le crédit à la consommation n’existe pas donc il faut d’abord épargner et s’inscrire sur une liste d’attente pour pouvoir acheter un bien durable (automobile, appareil électroménager, souvent à modèle unique)  ; il n’y a pas de concurrence entre les entreprises nationales, pas de publicité. Il y a un droit au travail pour tous, donc les sureffectifs sont fréquents et le niveau de la productivité est faible. L’Etat a le monopole du commerce extérieur. Il décide des quantités à importer et des quantités à exporter (surplus). Les échanges extérieurs sont limités au strict nécessaire et les prix mondiaux ne sont pas répercutés sur le marché intérieur.

Affiches de propagande au musée Kumu (musée d’Art) de Tallin glorifiant l’école, le travail, l’armée, la patrie…

(photo jseco22)

S’il procurait un travail pour tous, un logement et l’accès facilité aux services publics (santé, écoles, transports collectifs), il n’en reste pas moins que la population souffrait des dérives et imperfections du système et que les besoins, même essentiels, n’étaient pas satisfaits  : pénuries de produits alimentaires et courants (viande, pain, beurre, fil, savon, chaussures, essence…), modèles des biens souvent uniques, logements standardisés et trop petits, privilèges de la Nomenklatura (les dirigeants avaient des magasins réservés), rationnement (listes d’attente, queues), développement d’un marché noir (prix plus élevés), corruption, poids de la bureaucratie, lourdeur de la planification, informations fournies au Gosplan biaisées (ressources sous-estimées pour être certain d’atteindre les objectifs du plan, insécurité des approvisionnements, retard dans les investissements, vieillissement de l’appareil de production,  faiblesse de l’innovation et donc faiblesse du niveau de la productivité.

Il faut noter cependant qu’au retour de l’indépendance en 1991, chaque famille logée en appartement a pu devenir propriétaire de celui-ci au bout de quelques années de travail (1 an de travail pour x unités de l’appartement).

III) Aujourd’hui, des pays en transition rapide vers l’économie de marché

Ces pays sont petits et peu peuplés, à faible densité :

Lituanie : à peine 3 millions d’habitants pour 65300 km2 (1/9e de la France), soit une densité de 45 hab/km2. Capitale Vilnius, environ 550 000 hab.

Lettonie : 2 millions d’habitants pour 64500 km2, soit 30 hab/km2, capitale Riga, environ 725 000 hab.

Estonie : le plus petit des 3 Etats Baltes avec 1.3 million d’habitants pour 45000 km2, soit à peine 30 hab/km2. Capitale Tallinn, environ 430 000 hab.

A) Données générales

1) Lituanie

Au XVe siècle, le Grand-Duché de Lituanie s’est étendu de la mer Baltique à la mer Noire. En 1795, la Lituanie est devenue province russe. Réapparue sur la scène internationale en 1918, la Lituanie a été envahie par l’Union soviétique en juin 1940, par l’Allemagne nazie en juin 1941 et de nouveau par l’Union soviétique à partir de 1944. Elle a proclamé sa souveraineté en mars 1990, avant de restaurer son indépendance en 1991.

République de Lituanie :
La Constitution de 1992 a instauré une démocratie semi-présidentielle, comme en France. Le président de la République, élu au suffrage universel direct (2 mandats autorisés), dispose de pouvoirs non négligeables, notamment dans les domaines de la politique étrangère et de la défense. C’est lui qui siège au Conseil européen. Le Premier ministre est responsable devant le Parlement (1 seule chambre, la Seimas) de 141 membres.

Fiche signalétique

 
 
Pays le plus au sud des 3 pays baltes ;  Capitale : Vilnius
Frontières : Lettonie, Russie (à l’Ouest l’enclave russe de Kaliningrad), Biélorussie, Pologne.

Système politique : république parlementaire (1 chambre)

Président : Gitanas Nauseda depuis juillet 2019 / durée 5 ans renouvelable 1 fois a succédé à Mme Dalia Grybauskaitė (2 mandats 2009, 2014)

Premier ministre : Saulius Skvernelis (2016) (coalition)

Langue majoritaire : lituanien

Religion majoritaire : catholique (79 % de la population)

Membre de l’ OTAN : 2004

Villes principales : Vilnius (531 000 h), Kaunas (301 000 h), Siauliai (101 000 h)

La Lituanie est entrée dans l’Union européenne le 1er mai 2004, dans l’espace Schengen en décembre 2007 et dans la zone euro en janvier 2015 => Monnaie : euro.

Elle est aussi membre de l’OCDE depuis 2018.

Note : 1er pays consommateur d’alcool au monde (OMS) : bière, vodka

2) Lettonie

Fiche signalétique

Pays au centre des 3 pays baltes ;  Capitale : RIGA ;

2 ports importants Liepaja, Ventpils

Frontières : Lituanie, Estonie, Russie (tracé officialisé en 2007), Biélorussie

Superficie : 64 500 km² (1/9 de la France) / Densité : 30 H/Km2

Villes principales : Riga (638 000 h), Pieriga (367 000 h), Vidzeme (189 000 h)

Membre de l’UE depuis 2004 et de la zone euro en 2014 => Monnaie : euro

Membre de l’OTAN : 2004

Système politique : république parlementaire (1 chambre)

Président : M. Egils Levits (mai 2019) mandat 4 ans renouvelable 1 fois

Langue majoritaire : letton, russe

Religion majoritaire : orthodoxe

3) Estonie

Fiche signalétique

Pays le plus au nord des pays baltes / la plus grande frontière avec la Russie / 85 kms de la Finlande / Plus de 1500 îles et lacs/

Capitale : Tallinn

Frontières : Lettonie, Russie (tracé officialisé en 2014)

Superficie : 45 340 km² (1/12è de la France) / Densité : 29 H/Km2

Villes principales : Tallinn (415 000 h), Tartu (102 000 h), Parnu (52 000 h)

Membre de l’UE depuis 2004 et de la zone euro en 2011 => Monnaie : euro.

Membre de l’OTAN : 2004

Système politique : république parlementaire (1 chambre)

Président : Mme Kersti Kaljulaid (octobre 2016) mandat 5 ans renouvelable 1 fois

Langue majoritaire : estonien, russe

Religion majoritaire : orthodoxe russe, protestantisme luthéranisme

B) Synthèse :

Si localement subsistent des témoignages de l’ère soviétique (immeubles d’habitation tous identiques et dépeints, aux petits appartements standardisés, bâtiments industriels, entrepôts), ces pays renouent progressivement avec leur riche passé (époque hanséatique).

Les institutions politiques sont démocratiques (avec des différences selon les pays).

Les formations supérieures sont de qualité et délivrent de nombreux diplômes.

1) La croissance économique est forte (autour de 3% par an). Le niveau de vie s’élève, mais les salaires restent encore en- dessous des moyennes de l’UE. Ces pays bénéficient en effet des subventions européennes et des investissements des firmes multinationales, attirées par une main d’œuvre bien formée et des salaires encore assez bas (voir ci-dessous).

a) Lituanie :

PIB par habitant : 16 100 € en 2018 (aux prix du marché)

Taux de croissance du PIB : 2,3 % en 2016 ; 3.5 % en 2018 (3,1 % prévu en 2019)

Indice de développement humain (synthèse du niveau de vie, de l’espérance de vie et de l’éducation) : 0,858 (2018, 35 e rang)

PIB : 45,11 milliards € (2018, en prix courants) (soit à peine 2% du PIB de la France : 2353 milliards d’euros en 2018, selon l’Insee).
Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB (2018) :

  • agriculture : 3,3 %
  • industrie : 28,7 %
  • services : 68,0 % (2/3)

C’est une structure type d’un pays développé.

Taux de chômage (au sens du BIT) : 7,3 % en 2017 et 6,3 % en 2018 
Taux d’inflation : 2,5 % (2018) 

Solde budgétaire (2018) : 297,6 millions € (0,7 % du PIB)
Endettement de l’État : (en % du PIB) : 34,3 (2018)

Pour la première fois depuis 1991, le budget a dégagé un excédent (0,3 % du PIB) en 2016, confirmé en 2017 et 2018 (respectivement + 0,5 et + 0,7 % du PIB) malgré les réformes structurelles engagées sur le marché du travail et des régimes de retraites et même si le gouvernement a annoncé un effort de réduction des dépenses publiques.

Balance commerciale (2018) : – 3,3 milliards €
Principaux clients : Russie (13,7 %), Lettonie (9,1 %), Pologne (7,5 %)
Principaux fournisseurs : Russie (14,1 %), Allemagne (13,3 %), Pologne (11,5 %)
(Sources : Eurostat, Trésor, BIT)

b) Lettonie :

PIB par habitant : 18 100 €

Croissance (2017) : 4,5 % (3 % prévu en 2019)

Indice de développement humain (2018) : 0,847 (59e rang)

Chômage : (au sens du BIT) (2017) : 8,3 %

Inflation : (2017) : 2,9 %

Endettement de l’État : 36,4 % du PIB

c) Estonie :

PIB par habitant : 15 100 €

Croissance (2018) : 3,9 %

Indice de développement humain (2018) : 0,871 (56e rang)

Chômage : (au sens du BIT) (2018) : 5,4 %

Inflation : (2018) : 3,4 %

Endettement de l’État (en % du PIB) : 9,3 (taux le plus faible de l’UE) (France 100 % en décembre 2019). L’Estonie a instauré un impôt sur le revenu attractif (les 700 premiers euros sont exonérés, le taux d’imposition unique est de 20 % sur la tranche au-dessus de 1200 euros de revenu, ce qui concerne 12 % des ménages). L’impôt sur les sociétés et sur les dividendes versés est faible, voire nul,  si les bénéfices sont réinvestis sur place.

L’Estonie est le pays le plus digitalisé des 3 pays baltes. La majorité des démarches administratives et les élections se font par le biais d’internet : pays dit e-stonia. Plus d’impression d’ordonnances médicales, de bulletins scolaires, de tickets de bus… Inventeur de Skype.

A noter que le réseau des transports collectifs (bus, tramways, trains de banlieue) est gratuit dans la capitale Tallinn depuis 2012. Ceci permet une amélioration du pouvoir d’achat des 500 000 habitants de l’agglomération et facilite leur mobilité.

2) les revenus

a) Coût de la main d’œuvre en 2018 :

Lettonie : 9,3 euros/heure

Estonie : 12,4 euros/heure

France : 35,8

Royaume-Uni : 27,4

Allemagne : 34,6

Suède : 36,6

(Source : Le Monde, 10-11-12 novembre 2019)

b) niveau de vie mesuré par le PIB/hab en indices SPA

(SPA : standards de pouvoir d’achat, source Eurostat, 1er décembre 2019)

UE (à 28) : base 100 en 2018

Zone euro (à 19) : 106

France : 32100 euros, soit indice 104

Lituanie : 24900 euros soit indice 80 (56 en 2009, même base 100 pour l’UE)

Lettonie : 21700 euros soit indice 69 (52 en 2009, idem base)

Estonie : 25100 euros soit indice 82 (64 en 2009, idem base)

On peut dire qu’en 2018 le niveau de vie estonien représentait 82 % du niveau de vie moyen de celui de l’UE (mais 69 % pour le niveau de vie letton) contre 64 % en 2009.

L’écart s’est resserré avec la moyenne des pays de l’UE, surtout pour la Lituanie et l’Estonie. Le rattrapage en terme de niveau de vie est donc évident. Mais les inégalités de répartition des revenus subsistent.

Rapport entre les revenus perçus par les 20 % des ménages les plus riches et les

 % de ménages les plus pauvres en 2018 :

Lituanie : 7,09

Lettonie : 6,80

Estonie : 5,07

France : 4,23

(Source : Le Monde, 10-11-12 novembre 2019)

3) Quelques facteurs de croissance

a) Rôle de l’UE puis aujourd’hui de l’euro :

Ces pays bénéficient d’aides financières massives de la part de l’Union Européenne.

Lituanie : membre de l’UE depuis 2004, de la zone euro depuis 2015

Lettonie : membre de l’UE depuis 2004, de la zone euro depuis 2014

Estonie : membre de l’UE depuis 2004, de la zone euro depuis 2011

Exemple : Pour la période 2014-2020, la Lituanie bénéficie de 8,4 Mds € de fonds européens (2 902 € par habitant). Cette aide favorise la convergence avec les autres pays de la zone euro. Les infrastructures sont développées ce qui stimule la croissance économique et donc la hausse des salaires et du niveau de vie.

b) Rôle des IDE (investissements directs à l’étranger) des FMN (firmes multinationales)

Ces pays bénéficient d‘investissements massifs des firmes multinationales européennes et américaines (cf. main d’œuvre bien formée et salaires plus bas que dans les principaux pays de l’UE, régime fiscal avantageux en Estonie).

Jour de cérémonie traditionnelle de remise des diplômes à l’Université de Vilnius (Lituanie)

(photo Jseco22)

D’où encore une forte croissance du PIB, des revenus et du niveau de vie depuis les années 2000.

Commerces, hypermarchés, rocades, autoroutes, immeubles modernes (design) s’élèvent partout désormais. D’immenses panneaux publicitaires sont installés dans les villes et à la campagne, en plein milieu des champs au bord des autoroutes (Lituanie).

Banques suédoises, danoises ont des succursales dans les grandes villes.

Quartier moderne à Tallinn (Estonie)

Centre commercial et immeubles modernes à Vilnius

Immenses panneaux publicitaires dans les champs en bordure d’autoroute en Lituanie

(photos Jseco22)

Cependant, les industries traditionnelles subsistent : bois-meubles, papeterie, chantier naval (Tallinn), joaillerie (ambre à Riga), poudre de lait (exportée vers la Chine), fromages (exportés vers le Japon), pêche (exportée vers la Suisse), vodka (exportée vers la Russie).

IV) Des interrogations demeurent sur leur avenir

A)  Les frontières avec la Russie, voisine des 3 pays (pour la Lituanie, au sud-ouest, enclave de Kaliningrad), suscitent des craintes, d’où l’adhésion à l’OTAN et à l’UE.

Exemple de la Lituanie : la politique étrangère de la Lituanie s’exprime contre les agissements de la Russie dans la région (survol d’avions russes à proximité de l’espace aérien, cyber -attaques, augmentation et modernisation des capacités militaires notamment dans l’enclave russe de Kaliningrad, multiplication des exercices militaires dans son voisinage, etc.). Pour autant, la Russie demeure le premier partenaire commercial de la Lituanie.

La Lituanie fonde sa sécurité sur l’OTAN, dont elle est membre depuis mars 2004. En 2018, elle a consacré 2 % de son PIB à la défense.

B) La démographie : baisse des naissances, baisse et vieillissement de la population.

1) Statistiques

a) Lituanie

Population : 2,89 millions (2017)  2,80  (2018) dont 6 % de Russes

Indicateur conjoncturel de fécondité en 2017: 1,63 enfant/femme (France : 1,90 ; seuil de renouvellement de la population : 2,1)

Croissance démographique : -1,4 % (2017)

Espérance de vie : (2017) : 69,4 ans pour les hommes, 80,0 ans pour les femmes

Taux d’alphabétisation: 99,8 % (2017) 

(Sources : Eurostat, Banque mondiale, PNUD)

b) Lettonie

Population : 1,929 million  (2018) ; Forte communauté d’origine russe

Croissance démographique: -1,28 %

Indicateur conjoncturel de fécondité en 2017: 1,69

Espérance de vie : (2017) : 69,8 ans pour les hommes, 79,4 ans pour les femmes

Taux d’alphabétisation (2017) : 99,99 %

(Sources : Eurostat, Banque mondiale, PNUD)

c) Estonie

Population : 1,340 million  (2018) / Forte communauté d’origine russe

Croissance démographique : + 0,27 %

Indicateur conjoncturel de fécondité en 2017 : 1,59

Espérance de vie : (2017) : 73 ans pour les hommes, 82 ans pour les femmes

Taux d’alphabétisation (2017) : 100 %

(Sources : Eurostat, Banque mondiale, PNUD)

2) Synthèse :

La population des trois pays baltes, déjà faible, baisse fortement (comme celle de nombreux pays de l’ancien bloc soviétique, mais encore plus vite). Selon l’INED (Institut d’études démographiques), sur 28 ans de 1989 à 2017, la baisse serait supérieure à 20 % en Lituanie et Lettonie et à 15 % en Estonie qui résiste mieux surtout actuellement (Pays de l’Europe de l’Est : baisse de 8 %) (Source : Le Monde, 13 juin 2019)

Ces baisses tiennent d’une part au départ de populations russes, ukrainiennes vers leur pays d’origine et d’autre part, depuis 2004, à l’émigration de populations jeunes vers l’Europe de l’Ouest, attirées par des emplois qualifiés et des salaires plus élevés. La chute du communisme et l’ouverture à l’économie de marché et à la mondialisation ont aussi entraîné de nombreuses restructurations industrielles. Beaucoup d’entreprises ont dû fermer, car insuffisamment compétitives. La période de transition s’est révélée douloureuse. Les incertitudes, la peur du chômage, les différences de niveau de vie ont pu nourrir, surtout chez les jeunes diplômés, une volonté de s’expatrier. Ces jeunes diplômés baltes partent chercher des salaires plus élevés (en Allemagne, Royaume Uni, Pays Scandinaves). Ce qui pose problème pour assurer la pérennité du développement économique de ces pays.

Inversement, ces pays sont obligés de faire appel à la main d’œuvre étrangère proche : ukrainienne, russe…

A titre d’exemple, en Lituanie, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée résulte de l’inadéquation de la formation d’une partie de la population, du vieillissement de cette population et de l’émigration (près de 25 % de la population a quitté le pays depuis le début des années 1990). Ainsi le nombre de travailleurs détachés originaires de Lituanie était de plus de 25 000 en 2015. Il y aurait 200 000 Lituaniens expatriés au Royaume-Uni.

Dans ces trois pays, les départs massifs de jeunes actifs ont conduit à l’effondrement de la natalité. En 28 ans, les naissances y ont baissé d’un tiers.

Par ailleurs, la progression du niveau de vie depuis les années 2000 a permis d’accroître l’espérance de vie et de baisser la mortalité. La population vit plus longtemps et vieillit. Ceci n’est pas sans faire craindre des difficultés pour l’avenir : renouvellement de la population non assuré, financement des retraites, frein à la croissance (moins de consommateurs et de besoins en logement).

Les retraités des trois pays baltes sont les plus exposés à la pauvreté dans l’Union européenne.

Part des retraités menacés de pauvreté dans l’Union Européenne en 2017 :

Estonie : 46,1 %

Lettonie : 43,7 %

Lituanie : 36,7 %

Bulgarie : 32,4 %

Croatie : 24,5 %

France : 7 % (pays le moins exposé)

(source Eurostat, in Ouest-France 23 janvier 2019) 

Conclusion :

Ces pays sortent d’une longue période de torpeur et de stagnation du niveau de vie au 20 ème siècle. La population a beaucoup souffert des invasions et occupations successives (Suède, URSS, Allemagne). Aujourd’hui, par leur indépendance et leur adhésion à l’UE et à la zone euro, ils s’ouvrent sur l’extérieur et sont en train de renouer avec leur richesse passée de la fin du Moyen Age.

Demain, peut-on s’attendre à une possible confédération de ces trois pays (comme celle de la Livonie au XIII ème siècle) ? mais les populations, attachées à leur identité culturelle propre, y montrent encore peu d’intérêt pour le moment, semble t-il, malgré quelques projets économiques en commun (ligne de chemin de fer « Rail Baltica », réseau électrique…).

Jseco22, le 20 décembre 2019

Retraité

Ancien professeur de sciences économiques et sociales

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